La légion romaine et la centurie

7 janvier 2008 02:09 | Neutre | 0 commentaire

 

(Posté initialement sur parano.be, secteur GN, le 23-SEP-2007 :
http://www.parano.be/v15/news.php?action=listing&secteur=GN&news_id=45882)

La centurie est l'une des divisions les plus connues de l'armée romaine, mais savez-vous tout ce que ce terme recouvre ?

Au début de la République, l'armée était constituée par tirage au sort. Seuls les citoyens avaient le droit(!) de faire partie de l'armée. Tous les citoyens étaient regroupés dans des classes censitaires (circonscriptions basée sur la richesse), appelée aussi 'centuries'. Chaque classe devait envoyer suffisamment d'hommes dans l'armée pour constituer une unité d'environ 80 hommes (à cette époque), unité appelée également 'centurie'.

Or toutes les classes censitaires n'étaient pas comparables. Celles constituées des citoyens les plus aisés étaient moins grandes que celles constituées des plus pauvres. Comme le nombre d'hommes était constant (80), la proportion était la plus importante chez les 'riches'. Les riches participaient donc proportionnellement plus que les pauvres à la défense de la ville. En effet : les riches avaient plus à défendre que les pauvres, et aussi ils avaient plus de moyens pour payer leur équipement (à l'époque chaque soldat devait payer lui-même son équipement).

D'autre part, ce sont les mêmes classes censitaires, ou centuries, qui étaient utilisées lors des élections des magistrats supérieurs (lors des 'comices centuriates'). Or, souvenez-vous que les centuries formées des citoyens les plus riches étaient moins grandes. Comme chaque centurie avait une 'voix' lors des élections, on comprend qu'un riche pesait plus lourd qu'un pauvre lors des votes. Ce qui était parfaitement justifié par le principe que ce sont qui participent le plus à la défense de la Cité qui ont le plus droit à peser sur les décisions.

Du point de vue militaire, les 18 premières centuries formaient la cavalerie. En effet seuls les plus riches de tous avaient les moyens de se fournir un cheval. Ces 18 centuries formaient l''ordre équestre' et leurs membre étaient appelés 'chevaliers'. Dans l'organisation politique de la République, seuls les chevaliers pouvaient prétendre aux plus hauts postes ('Cursus honorum').

Les dernières centuries fournissaient les vélites (l'infanterie légère), car les plus pauvres ne pouvaient guère se procurer d'équipement. Le reste des centuries fournissaient l'infanterie lourde (hoplites). (À l'époque la légion romaine fonctionnait de façon encore très similaire à la phalange grecque.)

Plus tard, l'armée romaine fut profondément réformée et le mode de recrutement changea (Caius Marius, -107) et désormais les hommes étaient engagés (surtout parmi les prolétaires), on leur payait l'équipement, et ils recevaient une solde. L'armée s'était professionnalisée. Le lien civique entre l'armée et la population disparut, et les légions étaient souvent plus fidèles à leur général qu'à la République. Ceci permit le développement des guerres civiles qui provoquèrent la fin de la République, et annonce le passage de l'armée 'républicaine' à l'armée 'impériale'. La signification civile du terme 'centurie' disparut rapidement sous l'Empire, et on n'en retint bientôt que le sens militaire.